Emmanuel Grégoire, Colombe Brossel, Bruno Julliard et Pauline Véron, membres du groupe, ont cosigné une tribune sur les Contrats aidés – Le Monde du 12 septembre 2017

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 Le gouvernement vient d’annoncer une diminution immédiate et drastique des contrats
aidés, sans explication ni concertation. Pour des raisons budgétaires, il s’apprête à diminuer
l’enveloppe de contrats aidés à 300 000 contrats en 2017, contre 459 000 en 2016. Cette décision,
qui, sur notre territoire, s’ajoute à celles de la région Ile-de-France de supprimer les emplois tremplins
et de l’Etat de ne pas pérenniser les postes d’adultes-relais dans certains quartiers, est
très lourde de sens et de conséquences.
Ces contrats, au nombre de 5 500 à Paris [tous employeurs confondus] en 2017, sont un véritable
marchepied pour retrouver un emploi durable. Réservés aux personnes les plus éloignées de
l’emploi (chômeurs de longue durée, seniors, jeunes peu qualifiés, habitants des quartiers
prioritaires…), ils sont essentiels aux associations et aux collectivités pour remplir, dans toute la
France, de nombreuses missions d’intérêt général. Aujourd’hui, la pérennité de centaines
d’associations et l’emploi de dizaine de milliers de personnes sont en jeu. Si le gouvernement
persiste, 150 000 personnes seront privées de ce tremplin vers l’emploi durable. C’est plus de 200
Florange…
La politique de recrutement solidaire de la Ville de Paris est emblématique de notre combat pour
l’insertion professionnelle des personnes éloignées de l’emploi et pour le développement de
l’économie sociale et solidaire. Notre ville est la première collectivité employeuse de personnes en
contrat aidé de France, avec 1 550 salariés sous ce contrat, qui viennent apprendre ou réapprendre
un métier aux côtés des agents publics.
Menace d’un retour à la précarité
Cette politique active nous a permis d’embaucher depuis trois ans 956 jeunes, peu ou pas diplômés,
en quête d’une indispensable première expérience professionnelle, 326 seniors de plus de 50 ans,
premières victimes des plans de licenciements et autres ruptures conventionnelles, 235 personnes
en situation de handicap, deux fois plus frappées par le chômage que le reste de la population
française, 726 chômeurs de longue durée, à qui l’on ne proposait plus aucune alternative, et
637 allocataires du RSA, qui savent parfaitement, n’en déplaise à certains, ce qu’est la valeur du
travail. Autant de personnes sur lesquelles le gouvernement fait peser la menace d’un retour à la
précarité.
Inefficaces, les contrats aidés ? Au terme de leur contrat à la Ville de Paris, 485 personnes ont déjà
accédé à un emploi durable. Permettre à une telle diversité de profils d’accéder à l’emploi, y compris
public, est une fierté et une réussite pour notre société.Le premier ministre affirme préférer « la formation plutôt que les contrats aidés ». Ces deux priorités
sont pourtant nécessaires et complémentaires. Grâce à l’obligation de formation, le contrat aidé est
un outil d’insertion durable qui permet l’acquisition de compétences nouvelles. Comment imaginer
que le gouvernement puisse réussir à proposer une solution viable et immédiate de formation aux
plus de 150 000 personnes qui se retrouveront privées d’emploi d’ici à la fin de l’année ? Interdits de
travail, ces salariés congédiés redeviendront tributaires des minimas sociaux, dans l’attente d’une
hypothétique formation à venir.
En France, des dispositifs permettent de proposer un emploi aux exclus du marché du travail. Les
contrats aidés, bien sûr, mais aussi le secteur de l’insertion par l’activité économique. Tous ces
dispositifs peuvent bien entendu faire l’objet de réflexions et d’améliorations. Ils ont néanmoins
prouvé leur utilité pour ceux qui en bénéficient, qui remettent un pied dans le monde du travail et
retrouvent ainsi une place dans la société. Plus de la moitié des personnes en contrat aidé du
secteur marchand accèdent à un emploi durable, sans compter les emplois temporaires et l’accès à
une formation.
Brutalité
Pas un mot non plus du gouvernement sur le sort des associations qui bénéficiaient de ces emplois
à coût modéré. Grâce à eux, à Paris, 4 000 associations employeuses remplissent chaque jour des
missions d’intérêt vital pour les quartiers populaires, pour l’éducation, pour la lutte contre les
discriminations, pour la culture, pour l’insertion professionnelle et la cohésion sociale.
Les conséquences directes de ces suppressions seront l’arrêt de nombreux projets portés par le
tissu associatif local et la difficulté des acteurs associatifs, en grande majorité bénévoles, à
s’organiser. C’est l’ensemble du secteur de l’économie sociale et solidaire qui est aujourd’hui
menacé. Combien de cours de français, d’actions de soutien scolaire, de permanences d’accès aux
droits seront supprimés à la suite de cette décision ?
Au-delà même de la suppression, c’est la brutalité de la méthode qui choque : le gouvernement
choisit en effet de supprimer ces postes immédiatement, sans concertation. Il ne laisse pas aux
salariés la possibilité d’anticiper les suites possibles pour leur parcours professionnel, pas plus qu’il
ne laisse aux associations le temps nécessaire d’une réorganisation face à un tel choc. Derrière les
discours de modernisation et de rationalisation, le gouvernement s’apprête à procéder à un plan
social de 150 000 emplois en quelques semaines. Cette brutalité est inédite.Elus de terrain, recevant tous les jours des appels d’associations totalement déboussolées, nous ne
pouvons qu’appeler le gouvernement à reconsidérer sa décision et à travailler avec les collectivités
et les acteurs locaux aux améliorations qu’il souhaiterait apporter à ce dispositif, en considérant de
façon sérieuse la question de l’insertion professionnelle de nos concitoyens.
Les signataires : Colombe Brossel, Alexandra Cordebard, Emmanuel Grégoire, Antoinette
Guhl, Bruno Julliard et Pauline Véron sont adjoints au maire de Paris.

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