“Ne revoyons pas à la baisse le Grand Paris Express” – par Anne HIDALGO, Patrick OLLIER et de nombreux maires de la Métropole – Tribune publiée dans le “Monde” du 21 novembre 2017

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Dans une tribune au « Monde », un collectif de maires d’Île-de-France, emmené par Anne Hidalgo, Patrick Ollier et Jean-François Vigier, défend le projet d’extension du métro et du RER.

Tribune. La COP23 s’est achevée à Bonn avec la participation ambiguë des Etats-Unis qui se sont retirés ces derniers mois de l’accord historique de Paris obtenu lors de la COP21. Elle a posé en cela une question fondamentale en matière de lutte contre le réchauffement climatique et de pol­lution : à quoi sert une nouvelle convention si l’atteinte des objectifs validés précédemment n’a été ni tentée ni mise en œuvre ?

La France et ses plus hauts représentants ont, en ce sens, un rôle historique à jouer : il va de la crédibilité du pays et de son leadership mondial de poursuivre à travers le temps son action en matière de lutte contre la pollution. L’urgence climatique planétaire ne peut souffrir de décisions de « stop and go », au risque de voir les effets des politiques impulsées anéantis et par ailleurs un gâchis financier inhérent à ces processus d’hésitation et d’arrêt/redémarrage.

Dans ce concert mondial de la lutte contre la pollution, les métropoles ont un rôle particulier à assumer. Les collectivités de la métropole se sont très tôt saisies de cette problématique, en particulier sur les transports qui sont la première source d’émissions polluantes sur son territoire : limitation voire interdiction des véhicules les plus polluants, augmentation de l’offre de métro, train, bus et tramway, services de voitures et de vélos partagés, subvention à l’achat de véhicules propres, covoiturage, plan « mobilités actives et douces », etc.

Pour accompagner ces transformations, l’Etat français et les collectivités portent un projet d’infrastructure unique au monde, qui engage la métropole dans un avenir vertueux : le Grand Paris Express. Dans les cartons à la fin des années 1980, relancé par les élus locaux et la RATP, il est véritablement lancé en 2010 sous la présidence de Nicolas Sarkozy puis confirmé sous celle de François Hollande.

Le Grand Paris Express traduit à lui seul l’ambition collective de construire une métropole forte, cohérente et durable : 200 kilomètres de lignes nouvelles de métro automatique souterrain, 68 nouvelles gares et plus de 2 millions de voyageurs par jour. Il répond aux enjeux considérables de mobilités : les déplacements dits « de banlieue à banlieue » sont devenus majoritaires, le besoin d’une offre de transport lourd est criant, tout comme l’impérieuse nécessité de rénover les RER.

Locomotive de la croissance

Au-delà, ce projet de nouveau métro et de lutte contre la pollution est également un projet social en ce qu’il permet de relier des territoires jusqu’à présent peu ou mal desservis : à l’est en Seine-Saint-Denis, mais également au sud sur le plateau de Saclay, ou encore au nord entre Le Bourget et Roissy. Last but not least, c’est un projet urbain et de développement économique extraordinaire, qui doit servir de locomotive à la croissance forte : plus de 4 milliards d’euros investis par le privé auprès des futures gares à travers le concours Inventons la Métropole, plus de 140 km² à aménager dans les 15 prochaines années, plus de 100 milliards d’euros de PIB et plus de 200 000 emplois supplémentaires à terme une fois la réalisation du réseau terminée. Et des opérations de rénovation urbaine considérables. Il va contribuer à dessiner une zone dense multipolaire, et donc plus égalitaire.

Et c’est là toute la question que nous posons aujourd’hui au président de la République : ce réseau va-t-il être terminé ? Alors que le Grand Paris Express est le fruit d’un consensus politique sans précédent et sans équivalent entre élus locaux et Etat, le gouvernement actuel envisage de revoir à la baisse le projet en décalant, voire en supprimant, certaines portions de lignes, qui seraient ici moins rentables, là trop chères.

L’argument du financement invoqué par le gouvernement (entre 28 et 35 milliards d’euros) ne peut suffire quand on sait que le Grand Paris Express n’est pas indexé sur les crédits budgétaires de l’Etat et que, dans un système similaire, nous avons terminé de payer le métro parisien actuel en 1973, soit 73 ans après la mise en service de la première ligne ! Or le Grand Paris Express ne produira ses effets bénéfiques que si « la boucle est bouclée », que s’il est réalisé dans son entièreté et dans les délais fixés.

Aucun territoire, en République, ne saurait être sacrifié par rapport à un autre. La lutte contre la pollution, l’accès à la mobilité pour tous les habitants, le développement économique et le développement à moyen et long terme d’une ville plus vertueuse et plus inclusive ne sauraient être sacrifiés sur l’autel du seul critère de Bercy, dont la vision court-termiste serait ici de nature à empêcher un progrès historique.

Sauf à considérer que la méthode de Donald Trump soit la bonne et doive servir d’inspiration à la France, ce que nous ne pensons pas, revenir sur cet engagement sans précédent de l’Etat français, bénéficiant d’un accord politique sans équivalent dans le pays, reviendrait à fragiliser considérablement l’engagement pris par notre pays de respecter l’accord historique de la COP21. Monsieur le président, soyez le président de l’audace et de la promesse tenue.

Les autres signataires de cette tribune sont : Yves Albarello (maire (LR) de Claye-Souilly, ancien député et rapporteur de la loi du 3 juin 2010 relative au Grand Paris), Marie-Hélène Amiable (maire (PC) de Bagneux), Alain Aubry, maire (SE) du Mesnil-Amelot), François Asensi (maire (PC) de Tremblay-en-France), Jean Pierre Blazy (maire (PS) de Gonesse), Jean-Yves Le Bouillonnec (maire (PS) de Cachan, président du Conseil de surveillance de la Société du Grand Paris), Patrick Braouezec, président (PC) de Plaine Commune, Patrice Calmejane (maire (LR) de Villemomble), Claude Capillon (maire (LR) de Rosny-sous-Bois), Laurent Cathala (maire (PS) de Créteil), Gérard Cosme (maire (PS) du Pré-Saint-Gervais et président d’Est ensemble PS), Régis Charbonnier (maire (PS) de Boissy-Saint-Léger), Hervé Chevreau (maire (DVD) d’Epinay-sur-Seine), Stéphane De Paoli (maire (UDI) de Bobigny), Christian Favier (président (PC) du Conseil départemental du Val-de-Marne), Michel Fourcade (maire (PS) de Pierrefitte-sur-Seine), Bernard Gauducheau (maire (UDI) de Vanves, président du Comité stratégique de la Société du Grand Paris), Michel Gerchinovitz (maire (PS) d’Alfortville), Daniel Guiraud (maire (PS) Les Lilas, premier vice-président du Conseil départemental de Seine-Saint-Denis), Yannick Hoppe (maire (UDI) du Bourget), Christine Janodet (maire (DVG) d’Orly), Vincent Jeanbrun (maire (LR) de L’Haÿ-les-Roses), Philippe Juvin (maire (LR) de La Garenne-Colombes), Olivier Klein (maire (PS) de Clichy-sous-Bois), Aude Lagarde (maire (UDI) de Drancy), Denis Larghero (maire (UDI) de Meudon), Philippe Laurent (maire (UDI) de Sceaux), Patrice Leclerc (maire (PC) de Gennevilliers), Xavier Lemoine (maire (PCD) de Montfermeil), Etienne Lengereau (maire (UDI) de Montrouge), Maurice Leroy (député (UDI, ancien ministre du Grand Paris), Marie-Christine Letarnec (maire (PS) de Guyancourt), Jacques J. P. Martin (maire (LR) de Nogent-sur-Marne), Jean-Marc Nicolle (maire (MRC) du Kremlin-Bicêtre), Gilles Poux (maire (PC) de La Courneuve), Patrick Renaud (président (DVD) de Roissy Pays de France, président de l’association des Collectivités du Grand Roissy), David Ros (maire (PS) d’Orsay), Christel Royer (maire (LR) du Perreux-sur-Marne et conseillère régionale d’Ile-de-France), Laurent Russier (maire (PC) de Saint-Denis), André Santini (maire (UDI) d’Issy-les-Moulineaux), Jean-Yves Senant (maire (LR) d’Antony), Eric Schlegel (maire (DVD) de Gournay-sur-Marne), Jean-Pierre Spilbauer (maire (LR) de Bry-sur-Marne), Sylvine Thomassin (maire (PS) de Bondy), Patricia Tordjman (maire (PC) de Gentilly), Stéphane Troussel (président (PS) du Conseil départemental de Seine-Saint-Denis), Corinne Valls (maire (PS) de Romainville et vice-présidente du Conseil départemental de Seine-Saint-Denis en charge des mobilités), et Alain Védère (maire (SE) de Paray-Vieille-Poste).

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